Tabagisme et maladies cardio-vasculaires

L’arrêt du tabac après un infarctus myocardique diminue jusqu’à 50 % la mortalité dans les années qui suivent l’accident. Il diminue le risque d’occlusion des pontages coronaires. Il est très bénéfique chez les artéritiques et dans la prévention du risque d’accident vasculaire cérébral.

 

Peu de démarches thérapeutiques donnent un bénéfice aussi rapide et important que l’arrêt du tabac, mais son obtention est difficile.

 

Extrait d'un discours d'André Vacheron, séance du lundi 22 janvier 2007, à l'Académie des Sciences Morales et Politiques.

Extrait d'un discours d'André Vacheron, séance du lundi 22 janvier 2007, à l'Académie des Sciences Morales et Politiques,
 
 
"La prévention des maladies cardiovasculaires un enjeu majeur de sante publique"
 
Responsable de plus de 60 000 morts chaque année en France, le tabagisme est l’un des principaux facteurs d’athérosclérose et aussi l’une des principales causes de cancer. Le risque de maladie coronaire augmente avec le nombre quotidien de cigarettes : 10 cigarettes par jour multiplient par 2 le risque de crise cardiaque, 20 cigarettes par jour le multiplient par 3. Un tabagisme important est quasi constant chez les sujets de moins de 45 ans atteints d’infarctus. Le risque coronaire est multiplié par 10 chez la femme tabagique sous contraception orale et le risque d’accident vasculaire cérébral par 22 par rapport aux femmes non fumeuses et sans pilule.
 
 
En France, comme dans la plupart des pays industrialisés, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité tous âges confondus avec 32 % des décès, devant le cancer responsable de 29 % des décès chez les hommes, de 23 % des décès chez les femmes. Elles entraînent 170 000 décès par an. Leur prévalence devrait augmenter avec le vieillissement de la population.
 
 
D’après les études de l’IRDES (Institut de Recherche et Documentation en Economie de Santé), les maladies cardiovasculaires représentent le poste le plus important (12,6 %) de la consommation de soins et de biens médicaux, soit 13,6 milliards d’euros sur un total de 107,6 milliards d’euros de soins hors prévention. En 2005, les dépenses publiques de santé ont représenté 10,6 % du PIB (En Allemagne, elles représentent 10,9 % du PIB, en Suisse 11,6 %, aux Etats-Unis 16 %). Elles devraient continuer à augmenter et pourraient atteindre 13,4 % du PIB en 2050 en l’absence de limitation de la hausse de leur coût.
 
 
La maladie coronaire, avec sa complication redoutable qu’est l’infarctus du myocarde, l’hypertension artérielle sévère, l’insuffisance cardiaque sont parmi les motifs les plus fréquents d’entrée en affection de longue durée.
 
 
L’infarctus myocardique est un problème majeur de santé publique en raison de sa fréquence (120 000 cas par an) et de ses conséquences sur la morbidité et la mortalité, avec des arythmies ventriculaires exposant à la mort subite et le risque d’insuffisance cardiaque dans les formes sévères détruisant une partie de la paroi ventriculaire gauche.
 
 
Les accidents vasculaires cérébraux constituent la première cause de handicap acquis chez l’adulte, la deuxième cause de démence après la maladie d’Alzheimer, la troisième cause de décès et leur coût socio-économique est considérable. Chaque année en France, plus de 120 000 personnes d’un âge moyen de 70 ans sont victimes d’accident vasculaire cérébral. Parmi elles, très schématiquement, 30 000 meurent dans les jours qui suivent l’accident, 30 000 récupèrent, mais 60 000 gardent un handicap de gravité variable. Bien que l’incidence des accidents vasculaires cérébraux ait diminué au cours des 50 dernières années, leur prévalence a augmenté en raison de la diminution de la mortalité à la phase aiguë et de l’allongement de la durée de vie, avec pour corollaire un doublement des patients relevant des structures de soins de longue durée.
 
 
L’athérosclérose, décrite par Marchand en 1904, est la principale responsable des maladies cardiovasculaires et en particulier de la maladie coronaire. C’est une maladie multifactorielle sous la dépendance d’un certain nombre de facteurs, certains non corrigeables comme l’hérédité, le sexe masculin, l’âge, d’autres corrigeables : l’hypercholestérolémie, le tabagisme, l’hypertension artérielle, l’obésité, le diabète, la sédentarité.
 
 
L’arrêt du tabac après un infarctus myocardique diminue jusqu’à 50 % la mortalité dans les années qui suivent l’accident. Il diminue le risque d’occlusion des pontages coronaires. Il est très bénéfique chez les artéritiques et dans la prévention du risque d’accident vasculaire cérébral.
 
 
Peu de démarches thérapeutiques donnent un bénéfice aussi rapide et important que l’arrêt du tabac, mais son obtention est difficile L’étude EUROASPIRE indique qu’un coronarien fumeur sur deux seulement a arrêté de fumer 6 mois après un infarctus. Le sevrage du tabac peut être aidé par les substituts nicotiniques (patchs, gommes à mâcher), bien tolérés par les patients coronariens, les anxiolytiques, les antidépresseurs, les thérapeutiques comportementales et les consultations de tabacologie.
 
 
Le tabagisme passif auquel s’attaque aujourd’hui le gouvernement est responsable de 4 à 5 000 morts par an. Chez un non fumeur dont le conjoint fume, le risque de crise cardiaque est augmenté de 25 %.