L'âge pulmonaire

L'âge pulmonaire définit l'âge réel de nos poumons. Il se calcule en soufflant dans un spiromètre et peut être très différent de notre âge civil. Sa connaissance constitue une forte motivation pour l'arrêt du tabac.



Certains de nos organes ont un rôle relativement accessoire, on peut vivre sans rate par exemple, quand d'autres ont un rôle essentiel : point de vie sans cœur, sans poumons, sans foie... On parle dans ce cas d'organes vitaux. La longévité de notre organisme est ainsi définie par la durée maximale d'existence de nos organes vitaux, et plus précisément par la longévité de l'organe vital qui vit le moins longtemps. On le nomme le facteur limitant, et il est variable d'un individu à l'autre, selon la donne génétique, le mode de vie, les maladies contractées au cours de l'existence.
Pour ce qui est des poumons, ils sont à priori surdimensionnés, comme en témoignent les études sur le Volume d'Expiration Maximal en une Seconde. En effet, ce  "VEMS", qui rend compte de la capacité à ventiler des poumons à l'effort et qui dépend notamment du degré d'obstruction des voies aériennes, décroit à partir de l'âge de 20-25 ans de telle manière, 8 à 20 ml/an, que si l'espérance de vie ne dépendait que de ce facteur, on pourrait vivre, selon la 'donne' génétique des uns et des autres, de 199 ans à 473 ans ! Bien sûr, ce n'est pas comme ça que ça se passe, parce que les poumons c'est aussi des vaisseaux sanguins, la possibilité de développer des maladies (infectieuses, génétiques, inflammatoires…), que d'autres organes vitaux, comme le cœur par exemple, peuvent avoir une espérance de vie moins longue, qu'il y a des cancers (qui lorsqu'ils sont dépassés raccourcissent l'espérance de vie), des maladies métaboliques… mais aussi des accidents, des guerres, des catastrophes naturelles, des assassinats…
Bref, toujours est-il que si notre longévité ne dépendait que de la longévité de nos poumons, nous vivrions en suffisamment bonne santé beaucoup plus longtemps que nous ne le faisons. Enfin, exceptés ceux qui ne s'arrêteraient pas de fumer à temps. Car si notre fonction pulmonaire décroît très lentement lorsque nous ne fumons pas, il n'en n'est pas de même lorsque nous fumons, à tel point que nos poumons peuvent devenir le facteur limitant.
En effet, chez la plupart des fumeurs, tant qu'ils n'ont pas développé de broncho pneumopathie obstructive (BPCO) – fruit pulmonaire du tabagisme à long terme -, le VEMS décroit de 30 à 60 ml/an (contre 8 à 20 chez les non fumeurs). Et à partir du moment où la BPCO est constituée, ce qui peut prendre entre 15 et 30 ans de tabagisme pour environ la moitié des fumeurs, ils perdent alors, s'ils continuent à fumer, de 60 à 90 ml par an, et parfois même au delà de 100 ml/an. Autrement dit, si les fumeurs ne s'arrêtaient pas de fumer, sans considérer d'autre facteur que le facteur ventilatoire pur, c'est à dire dégagé de l'incidence de tout autre facteur limitant ou événement morbide, y compris pulmonaire, l'espérance de vie des fumeurs se situerait entre 59 et 85 ans.
Si on veut être plus précis, Fletcher signale que lorsque 70% du VEMS est perdu, on entame l'invalidité, c'est à dire essoufflement important pour de petits efforts, bouteille d'oxygène à trimballer avec soi jusqu'à 15 h/j, etc. Ainsi, alors qu'un non fumeur n'atteindrait le stade de l'invalidité pulmonaire qu'entre 157 et 366 ans – à ne considérer que le facteur ventilatoire pur -, un fumeur qui ne s'arrête pas l'atteindrait entre 52 et 78 ans. Notons qu'il existe une minorité de fumeur qui, de part leur patrimoine génétique rare, pourront atteindre ce stade 91 ans après le début de leur tabagisme (forte résistance), quand d'autres l'atteindront seulement 18 ans après (déficit en alpha 1 antitrypsine + tabac). Les 91 ans étant tout de même à minorer par l'atteinte cardiovasculaire…
Bref, en arrêtant de fumer, vous gagnez donc dans l'immense majorité des cas de 22 à 60 ml/an sur votre VEMS, soit 1.8 à 5 ml/mois, ou encore 0.06 à 0.16 ml/j. C'est ce "gain de capacité pulmonaire" que vous visualisez sur votre tableau de bord de 'Je commence l'arrêt du tabac' à partir du moment où vous vous arrêter de fumer. Et ne vous y trompez pas : si au jour le jour ce gain ou cette perte de VEMS (lorsque vous arrêtez de fumer ou que vous reprenez le tabac) semble dérisoire, à long terme la différence est gigantesque. Jugez-en plutôt avec l'exemple qui suit.

Alain, 68 ans, 1m75, 3900 ml de VEMS entre 20 et 25 ans (100%), a commencé à fumer au Service National, comme tant d'autres.
S'il n'avait jamais fumé, il lui resterait à 68 ans, selon sa constitution génétique, entre 66 et 88 % VEMS. Mais en fumant depuis l'âge de 18 ans, Alain a atteint ce degré de vieillissement pulmonaire aux environs de 36 ans ! Autrement dit, aux environs de 36 ans, Alain avait déjà les poumons d'un homme de 68 ans.
Ce qui signifie qu'à 68 ans, ça fait déjà 5 ans qu'il est invalide pulmonaire (essoufflement pour le moindre effort, oxygénothérapie). Et à ce rythme là, sachant qu'il se produit encore une accélération de la perte de VEMS arrivé au stade de l'invalidité, il est certain qu'Alain n'aura pas le loisir de fumer 5 ans de plus…
Ces chiffres, qui rappelons-le ne tiennent compte que du facteur ventilatoire 'pur', qui normalement situerait l'invalidité entre 157 et 366 ans et le décès entre 199 et 473 ans, vous donnent une idée de l'accélération de la perte de capacité ventilatoire pour faire face à l'effort (ou une maladie) chez le fumeur.

Finalement, ce qu'il faut retenir de ce concept de l'âge pulmonaire :

1) L'immense intérêt de s'arrêter de fumer quel que soit l'âge, puisqu'à partir du moment où vous arrêter, vous recommencer à perdre du VEMS à la vitesse d'un non fumeur.
2) Le point stratégique que constitue un arrêt du tabagisme avant d'entamer la Broncho-
Pneumopathie Chronique Obstructive, c'est à dire globalement avant 45 ans.

Cerise sur le gâteau, sachez que lorsque vous vous arrêtez, vous aurez dans la majorité des cas le plaisir, dès le 3ième jour sans tabac, de sentir votre respiration plus ample, plus fluide, plus facile : ce sont vos bronches qui se relâchent.